La
chronique normande de Pierre Cochon
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e n'est nullement du bourreau de la Pucelle, du Caïphe de Beauvais
qu'il s'agit; mais de l'un des douze notaires apostoliques que l'on
comptait à Rouen alors que la Pucelle y subissait son martyre. Celui-ci
a laissé une Chronique que le premier éditeur, Vallet de Viriville, a
appelée Chronique Normande, appellation que lui a maintenue le second éditeur, M. de Robillard de Beaurepaire.
M. de Beaurepaire a étudié avec son ordinaire diligence, et apprécié, avec la justesse d'esprit qu'on lui connaît, la Chronique Normande et son auteur. D'après le docte archiviste, Pierre Cochon est né vers 1390, au pays de Caux, à Fontaine-le-Dun dans la vicomté d'Arques, aujourd'hui dans l'arrondissement de Dieppe. Il serait mort vers 1456. Prêtre, il exerça les fonctions de notaire apostolique, c'est-à-dire de notaire nommé médiatement par le Pape, qui avait délégué à la corporation des notaires de Rouen le droit de choisir leurs collègues. Pierre Cochon fut l'ami de Manchon, le greffier du procès de Rouen, et lui succéda dans la cure de Vittefleur. On les voit nommés tous deux simultanément exécuteurs testamentaires d'un collègue, et ils boivent ensemble à l'hôtel de la Pierre, près la cour du parlement. Il est à croire que Cochon partageait vis-à-vis de la Martyre les sentiments de son ami, qui, pendant un mois, pleura au souvenir du supplice de la victime. Pierre Cochon, dans sa Chronique, embrasse, comme il pouvait la connaître, l'histoire non seulement de la Normandie, mais de la France à partir de 1108 jusqu'en 1430. Il s'arrête lorsque la Pucelle arrive à
Rouen. Pourquoi n'a-t-il pas poussé plus loin son oeuvre ? MM. de Beaurepaire
et Auguste Vallet pensent que c'est parce qu'il n'aurait pas pu écrire sans péril ce qu'il pensait du forfait de la place du Vieux-Marché.
Le juge prévaricateur qui l'avait commis, ayant poursuivi et puni les
propos accusateurs du Dominicain Bosquier, aurait, à plus forte raison,
poursuivi et puni les écrits d'un officier de la cour archiépiscopale; conjecture plausible quoique sans caractère de certitude.
Soucieux des besoins du peuple auquel il appartenait par sa naissance, le notaire Pierre Cochon est attaché au parti bourguignon, qui aux yeux de la multitude séduite défendait les intérêts populaires. Il n'aime pas les Anglais, mais il déteste les Armagnacs, défenseurs d'une noblesse immorale, oppressive et insolente. Il tient aux privilèges de l'ordre ecclésiastique et les défend vigoureusement. Son langage est trivial, quelquefois grossier, intéressant toutefois dans sa rude franchise. La Pucelle était dans les rangs de ces Armagnacs abhorrés. L'écrivain normand ne partage pas vis-à-vis d'elle les sentiments de Jean Chuffard, le faux bourgeois de Paris. S'il ne lui donne pas dans les événements la place qu'elle y a remplie, du moins il s'abstient à son égard de tout terme injurieux. Il n'est pas tellement démocrate qu'il ne rende justice aux sentiments d'humanité de Charles VII qui avait recommandé aux capitaines conquérants des places de Normandie de ne faire sentir leurs rigueurs qu'aux Anglais et d'épargner les Français. Le chroniqueur ne fait que rappeler, non sans les confondre quelquefois, les faits passés au sud de la Loire, ou même de la Seine. Il a quelques particularités remarquables sur les événements plus à portée de son observation. Tel le profond découragement des Anglais, après la défaite de Patay ils voulaient fuir la France ; la part des milices communales dans les guerres de la Pucelle ;
l'inaction des Anglais immobiles derrière leurs retranchements aux
journées de Senlis; la disette de vivres qui força l'armée française à ne
pas prolonger l'attente de la bataille ; la cause de l'échec sur Paris ; la
construction du pont sur la Seine attestée par Perceval de Cagny.
Chapitres :
- 1ère partie
- 2ème partie
Source
: Présentation de la chronique par J.B.J. Ayroles - La vraie Jeanne d'Arc - t.III, p. 468.
Texte : "La chronique normande de Pierre Cochon" - Édition Charles de Robillard de Beaurepaire - 1870.
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